(01-03-2022, 06:09)IrishCoffee a écrit : [ -> ]Cobden était quelqu'un d'admirable par certains côtés, mais aussi une sorte de paradoxe vivant. Un homme qui prône le pacifisme et le non-interventionnisme, effectivement, mais qui a fait fortune dans le textile au 19e siècle, profitant à plein d'une révolution industrielle rendue possible uniquement grâce à des siècles d'esclavagisme et de pillage systématique des ressources d'autres pays (l'Irlande à portée de main pour commencer, puis des contrées bien plus lointaines et plus riches). Un homme qui se veut moderne, radical et avant tout guidé par la raison, mais se fourvoiera dans des pseudo-sciences comme la phrénologie. Le personnage est intéressant, mais on est quand même très loin de la discipline intellectuelle d'un Trotsky ou d'un Gandhi (pour être clair, je n'établis aucun parallèle entre ces deux derniers, hormis la rigueur appliquée dans la construction progressive de leur approche de la réalité et de la formulation de leurs convictions).
Tout ça parce que je parle de Manchester.

Rageux
Quelques réflexions rapides en guise de réponse :
(J'écoute
L'Heure des pros pendant que je te réponds. Qu'est-ce qu'il est nul ce Praud.

A la place de Menard, je lui aurais mis une - ou plusieurs.)
- Les grandes lois anglaises abolissant l'esclavage datent de 1807 et 1833. Cobden vécut de 1804 à 1865. En tant que député dans la Chambre des Communes, il prononça plusieurs discours contre l'esclavage (il soutenait le mouvement en faveur de l'abolition de l'esclavage depuis longtemps), y compris un, célèbre, de 1844 dans lequel il dit :
‘What right have a people who are the largest consumers and distributers of cotton goods to go over to the Brazils with their ships full of cotton, then turn up the whites of their eyes, shed crocodile tears over the slaves, and say, 'Here we are with a cargo of cotton goods, but we have qualms of conscience, religious scruples, and cannot take your slave-grown sugar in return for our slave-grown cotton'? In the first place the thing is inconsistent, and in the next it is hypocritical’.
Il était aussi un anti-impérialiste farouche (en même temps qu'il s'opposait à l'esclavage) :
https://radicalteatowel.co.uk/radical-hi...rd-cobden/
- Cobden naquit et grandit sur une ferme dans le Sussex. Il aida ensuite un de ses oncles, puis créa sa petite entreprise. Ce n'était pas un grand capitaliste. Sa petite entreprise prospéra dans un premier temps, mais, Cobden laissa ensuite son frère gérer l'entreprise (qui périclita) pour s'occuper de manière désintéressée des causes qu'il avait à cœur (délaissant même sa famille au point que sa femme Cathy sombra dans la dépression), lutte contre l'esclavage, l'impérialisme, lutte en faveur de la classe ouvrière, reforme du Parlement pour que ce ne soit plus que les grands propriétaires terriens qui soient dans la Chambre des Communes, plaidoyer en faveur de la redistribution des terres des Lords et autres riches propriétaires terriens aux pauvres fermiers, etc. et surtout sa campagne en faveur de l'abolition des lois sur les céréales, lois protectionnistes (ré)introduites en 1815 par le gouvernement du premier ministre d'alors, Lord Liverpool

, lois qui favorisèrent les riches propriétaires terriens au détriment de la classe ouvrière qui payait son pain plus cher ou était au bord de la famine (et puisque tu parles de l'Irlande, ce fut la famine en Irlande en 1845 (faible récolte de pommes de terre) (en plus du pain cher des Anglais) qui conduisit Sir Robert Peel, Premier ministre d'alors, à abolir ces lois protectionnistes sur les céréales, et comme il le dit dans un fameux discours en février 1846, c'est Cobden qui le persuada d'abolir ces lois). D'ailleurs, on parlait de taxe sur le pain ("bread tax") alors et plus tard une des filles de Cobden appela cette époque les "Hungry Forrties" (en référence aux années 1840:
https://journals.openedition.org/rh19/49...tionnistes.)
Bref, Cobden était un petit entrepreneur qui délaissa son entreprise pour se battre pour plusieurs causes. A deux reprises au moins, ses amis lancèrent une souscription pour l'aider parce qu'il était ruiné (dans un article publié dans un journal newyorkais en 1860, Marx se moqua de lui d'ailleurs). Il refusa un poste de ministre quand Palmerston, alors Premier ministre, lui en proposa un. A sa mort, ce même Palmerston souhaitait faire un don à sa femme pour les services rendus par son mari et elle refusa ce don.
- Sur la phrénologie, beaucoup de gens, y compris des spécialistes de la pensée de Cobden, ne connaissent pas ses liens avec la phrénologie de George Combe. Peut-être parce que ce n'est pas pertinent pour comprendre ses combats et peut-être aussi, et comme le dit l'auteur de ce papier publié à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Cobden, Cobden ne fut jamais un phrénologiste :
https://www.taylorfrancis.com/chapters/e...9983b64292
- Je ne connais pas et je n'ai pas suffisamment lu Trotsky pour dire quoi que ce soit sur lui. Pour ce qui est de Gandhi, il était sombre sur bien de points, le racisme, le casteisme, etc. Concernant son racisme, il était puant en particulier contre les Noirs qu'il appelait des Kaffirs (mot méprisant alors qu'il s'offusquait que les Anglais appellent les Indiens des "coolies"), des "animaux", des gens inferieurs aux Blancs et aux Indiens. Je comprends la réaction de certaines universités africaines il y a quelques années, tout comme, et pour boucler la boucle, celle du conseil municipal de Manchester

:
https://www.theguardian.com/world/2019/o...tue-racism
Les trois derniers paragraphes de cet article, en particulier le dernier, résument bien ce que je pense de Gandhi :
Prof Meena Dhanda from the University of Wolverhampton said it was unsurprising that “the more people have begun reading Gandhi rather than merely idolising him, the more they are finding out about his racism”.
She added: “As scholars have shown, he was terrified of intermixing, he upheld caste rules that restricted marriage outside one’s caste. He stereotyped people, for instance, he wrote – ‘Mussalman as a rule is a bully and a Hindu a coward’ and ‘Kaffirs are as a rule uncivilised’.
“Despite his political actions harnessing the force of ‘non-violence’,
his underlying metaphysical views were deeply at odds with modern sensibilities. To use him as an apostle of peace whilst ignoring the very beliefs that cause ruptures within modern diverse communities is ill-advised.”
Et je préfère ne pas parler de sa politique de
Swadeshi, des villages autosuffisants, tellement c'était rétrograde.
