25-10-2026, 10:04
Au Bar du O Fadoli, près du Vieux-Port, on avait changé d’heure, mais pas d’inquiétude.
Honorine disposait les olives. Baptistin examinait son pastis avec la gravité d’un pharmacien. Toine dépliait son journal, opération qui nécessitait désormais une table pour les nouvelles et une autre pour ses lunettes.
En face, Lila et son cousin Sami, vingt-cinq ans chacun et trois entraîneurs d’avance sur la direction de l’OM, consultaient leurs téléphones.
— Bon, annonça Sami, aujourd’hui, faut une masterclass.
Baptistin leva les yeux.
— Une quoi ?
— Une masterclass. Un gros match, quoi.
— Alors demande un gros match. Honorine, le petit veut ouvrir une école.
— Qu’il commence par régler ses consommations, répondit la patronne. Topaze aussi faisait crédit à l’intelligence humaine. On a vu comment ça finit.
Toine tapota le journal.
— Moi, je veux simplement qu’on arrête les cagades.
— Voilà, traduisit Lila, zéro fail.
— Zéro quoi ?
— Zéro cagade, papé. Mais avec le Wi-Fi.
Baptistin hocha la tête. Pour une fois, le progrès lui paraissait raisonnable.
— Après Angers, j’étais tarpin confiant, reprit Sami. Cinq buts ! Je voyais le retour du prime.
— Du primeur ? demanda Toine. On recrute au marché, maintenant ?
— Le meilleur niveau !
— Ah. Le Regain, dit Honorine.
— Voilà !
— Sauf qu’à Graz, intervint Baptistin, ils ont oublié de semer.
Le silence qui suivit avait quelque chose d’agricole.
— Jeudi, j’avais le seum, souffla Lila.
— Ça se soigne ? demanda Toine.
— C’est quand t’es dégoûté.
— Alors moi, ça fait soixante ans que je l’ai. Seulement, à mon époque, c’était pas remboursé et ça s’appelait marronner.
— Vous voyez bien qu’on se comprend.
— On se comprend, oui. Mais vous mettez des noms nouveaux sur des souffrances qui sont à nous depuis longtemps.
Honorine posa la carafe.
— Laissez-leur au moins les mots, aux jeunes. Nous, on leur a déjà laissé les abonnements.
Sur l’écran, un journaliste évoquait la nécessité de retrouver de l’intensité.
Sami approuva :
— Faut les presser haut.
Baptistin ramena machinalement son verre contre lui.
— Tu presses qui tu veux, mais tu touches pas au citron d’Honorine.
— Le pressing, papé ! Récupérer le ballon près de leur but !
— Je sais ce que c’est, le pressing. Seulement, jeudi, on leur a porté le linge et on est repartis avec la facture.
Toine avait atteint la page du classement.
— Le Havre, dernier. Deux points. Pas une victoire.
— Sur le papier, c’est cadeau, lâcha Sami.
Honorine cessa d’essuyer son comptoir.
— Méfi, mon beau. Les cadeaux, ici, c’est souvent nous qui les emballons.
— Onze victoires de suite contre eux en championnat, insista le jeune homme.
— Et alors ? fit Baptistin. Une série, c’est comme une tournée : celui qui arrive à la fin peut très bien te la faire payer.
Il désigna l’écran du menton.
— Les derniers, faut les respecter. Ils ont déjà assez de monde qui leur explique qu’ils sont mauvais. Si tu les regardes de haut, tu leur donnes une raison de courir.
Sami rangea son téléphone.
— Là, papé, t’as parlé comme un coach.
— Non. Comme un homme qui a déjà perdu aux boules contre un aveugle.
— Il était vraiment aveugle ?
— Il avait oublié ses lunettes. Ne commence pas à esquicher mon histoire.
Lila, elle, regardait une image de Gouiri.
— Faudrait qu’il retrouve son aura.
Toine se tourna vers Honorine.
— Rajoute-lui de l’eau.
— Son aura, papé ! Ce qu’il dégage !
— Pour le moment, intervint Baptistin, c’est surtout les défenseurs d’en face qui dégagent.
— Vous êtes durs.
— On l’attend, ce garçon. Un avant-centre, c’est comme le boulanger : on peut comprendre qu’il ait des soucis, mais tout le village attend quand même le pain.
— Tant que sa femme revient pas avec un défenseur central, murmura Honorine.
Baptistin lui adressa un regard réprobateur.
— Tu mélanges les œuvres.
— Toi, tu mélanges les compositions depuis 1987. Chacun son métier.
Sami sourit.
— S’il met un triplé, vous allez tous dire que c’est le GOAT.
— Le quoi, encore ?
— En anglais. Le plus grand de tous les temps.
— Et ça se dit comment ?
— Comme « chèvre ».
Baptistin posa lentement son verre.
— Attends. Chez vous, quand un joueur est exceptionnel, vous l’appelez une chèvre ?
— Voilà.
— Et quand il est mauvais ?
— Une chèvre aussi, parfois.
Le vieux contempla longuement le plafond.
— Honorine, ferme. On n’a plus les moyens intellectuels de suivre la clientèle.
Lila riait.
— C’est le contexte qui change !
— Avec vos histoires, même Manon ne saurait plus quel troupeau garder.
Toine revint au journal.
— Les Havrais, leurs cinq buts, ils les ont tous mis après l’heure de jeu.
— Donc faudra pas AFK à la soixantième, commenta Sami.
Cette fois, Baptistin ne demanda rien. Il regarda Honorine avec la lassitude d’un homme dont la radio ne capte plus que l’étranger.
— Ça veut dire ne pas disparaître du match, expliqua Lila.
— Ah ! Ne pas faire Marius.
— Comment ça ?
— Ne pas regarder les bateaux pendant que les autres t’attendent.
— Voilà. Exactement.
— Eh ben tu vois ! On avait déjà le mot. Il avait même une casquette.
Honorine ramassa trois noyaux.
— Et qu’ils ne nous laissent pas Fanny non plus. À la pétanque, ça suffit bien.
Sami consulta les statistiques.
— Faudrait surtout un clean sheet.
— Un drap propre ? s’étonna Toine. Après le pressing, vous ouvrez une pension ?
— Ne pas prendre de but !
— Alors dis-le ! Dans ce bar, on aura fait la blanchisserie, l’école et l’élevage avant même le coup d’envoi !
Lila montra une vidéo sur son téléphone.
— Regardez Weah contre Angers. Deux passes décisives. Lui, il peut mettre le feu.
— Qu’il mette déjà le ballon où il faut, répondit Honorine. Pour le feu, j’ai pas renouvelé l’assurance.
Baptistin rapprocha sa chaise.
— Vé. Ça, c’est bien joué. Il lève la tête. Il donne. Il continue sa course. C’est pas compliqué, le ballon, quand on le regarde avant de le recevoir.
— Tu devrais faire des vidéos tactiques, papé.
— Pour quoi faire ?
— Tu percerais.
— Je suis retraité de la plomberie. J’ai assez percé.
— Tu deviendrais connu !
— Dans tout le quartier, on me doit de l’argent. Je suis suffisamment connu.
Toine replia enfin son journal.
— Génésio dit qu’on a les points qu’on mérite.
— Pour une fois, approuva Honorine, quelqu’un ne cherche pas la source derrière la colline.
— À force de la chercher, cette source, grogna Baptistin, on va finir comme Jean de Florette. Beaucoup de travail, plus d’eau dans la citerne et le voisin qui compte les points.
Il regarda son verre.
— Enfin, ici, pour l’eau, on s’organise.
La télévision annonça l’approche du match. Dans le bar, les discussions baissèrent d’un ton. Même les olives semblaient attendre la composition.
— Bon, dit Sami, aujourd’hui on veut des guerriers.
— Des joueurs d’abord, répondit Toine. Les guerriers qui ne savent pas faire une passe, ça encombre les batailles.
— De l’envie, alors.
— Oui.
— Du mouvement.
— Aussi.
— Qu’ils arrêtent de nous ghoster au Vélodrome.
Baptistin se pencha vers Lila.
— Celui-là, je l’ai compris. Ça veut dire qu’ils nous laissent seuls.
Elle acquiesça.
Le vieux regarda un instant l’écharpe au-dessus du comptoir.
— Eh ben voilà. C’est ça qu’on leur demande. Qu’ils soient avec nous pendant tout le match.
Honorine remit du son.
— Vous entendez ? Depuis une heure, vous vous disputez pour savoir comment dire la même chose.
— Pas tout à fait, protesta Toine. Eux, ils veulent une masterclass. Moi, trois points, ça me suffit. Je suis moins diplômé.
Baptistin se leva pour rapprocher sa chaise de l’écran.
— Allez. Et pas de ballon quillé dans les nuages au premier corner !
Sami éclata de rire.
— Papé, chez nous, « quillé », ça veut aussi dire que t’as trop bu.
Le vieux considéra son pastis, puis la carafe, puis son petit-fils.
— Et après, vous vous étonnez qu’on ait du mal à transmettre le patrimoine.
Lila lui posa une main sur l’épaule.
— T’inquiète, gâté. On reprend le flambeau.
— Doucement avec le flambeau ! cria Honorine. Je viens de vous parler de l’assurance !
Le bar partit d’un seul rire.
Il y avait là des anciens qui avaient connu la gloire de leur père et des jeunes qui aimeraient bien pouvoir raconter la leur. Des gens qui disaient « escagassé », d’autres « au bout de ma vie ». Certains avaient le seum, les autres marronnaient. Aucun n’avait trouvé comment aimer l’OM à moitié.
À 17 h 15, ils se tourneraient tous vers le même écran.
— Alors, ton prono ? demanda Sami.
Baptistin prit son temps.
— Deux à zéro.
— T’es confiant ?
— Non. Je suis marseillais. La différence, c’est que je donne le score avant d’avoir les garanties.
Honorine leva son verre.
— Allez, les petits. Faites-nous plaisir. Pour les commentaires, on a ce qu’il faut.
Allez l’OM. Et aujourd’hui, que les trois points restent à la maison : les dictionnaires, on les ouvrira après.
Les équipes probables :
OM : de Lange - Weah (cap.), Egan-Riley, Aguerd, Emerson - Højbjerg, Nnadi - Harit, Abdelli, Paixão - Gouiri
HAC : Gallon - Ouziad, Seko, Touba, E. Koffi - Mizuta, R. Ndiaye (cap.), Ebonog, Richardson - S. Nakamura, Samatta.
Honorine disposait les olives. Baptistin examinait son pastis avec la gravité d’un pharmacien. Toine dépliait son journal, opération qui nécessitait désormais une table pour les nouvelles et une autre pour ses lunettes.
En face, Lila et son cousin Sami, vingt-cinq ans chacun et trois entraîneurs d’avance sur la direction de l’OM, consultaient leurs téléphones.
— Bon, annonça Sami, aujourd’hui, faut une masterclass.
Baptistin leva les yeux.
— Une quoi ?
— Une masterclass. Un gros match, quoi.
— Alors demande un gros match. Honorine, le petit veut ouvrir une école.
— Qu’il commence par régler ses consommations, répondit la patronne. Topaze aussi faisait crédit à l’intelligence humaine. On a vu comment ça finit.
Toine tapota le journal.
— Moi, je veux simplement qu’on arrête les cagades.
— Voilà, traduisit Lila, zéro fail.
— Zéro quoi ?
— Zéro cagade, papé. Mais avec le Wi-Fi.
Baptistin hocha la tête. Pour une fois, le progrès lui paraissait raisonnable.
— Après Angers, j’étais tarpin confiant, reprit Sami. Cinq buts ! Je voyais le retour du prime.
— Du primeur ? demanda Toine. On recrute au marché, maintenant ?
— Le meilleur niveau !
— Ah. Le Regain, dit Honorine.
— Voilà !
— Sauf qu’à Graz, intervint Baptistin, ils ont oublié de semer.
Le silence qui suivit avait quelque chose d’agricole.
— Jeudi, j’avais le seum, souffla Lila.
— Ça se soigne ? demanda Toine.
— C’est quand t’es dégoûté.
— Alors moi, ça fait soixante ans que je l’ai. Seulement, à mon époque, c’était pas remboursé et ça s’appelait marronner.
— Vous voyez bien qu’on se comprend.
— On se comprend, oui. Mais vous mettez des noms nouveaux sur des souffrances qui sont à nous depuis longtemps.
Honorine posa la carafe.
— Laissez-leur au moins les mots, aux jeunes. Nous, on leur a déjà laissé les abonnements.
Sur l’écran, un journaliste évoquait la nécessité de retrouver de l’intensité.
Sami approuva :
— Faut les presser haut.
Baptistin ramena machinalement son verre contre lui.
— Tu presses qui tu veux, mais tu touches pas au citron d’Honorine.
— Le pressing, papé ! Récupérer le ballon près de leur but !
— Je sais ce que c’est, le pressing. Seulement, jeudi, on leur a porté le linge et on est repartis avec la facture.
Toine avait atteint la page du classement.
— Le Havre, dernier. Deux points. Pas une victoire.
— Sur le papier, c’est cadeau, lâcha Sami.
Honorine cessa d’essuyer son comptoir.
— Méfi, mon beau. Les cadeaux, ici, c’est souvent nous qui les emballons.
— Onze victoires de suite contre eux en championnat, insista le jeune homme.
— Et alors ? fit Baptistin. Une série, c’est comme une tournée : celui qui arrive à la fin peut très bien te la faire payer.
Il désigna l’écran du menton.
— Les derniers, faut les respecter. Ils ont déjà assez de monde qui leur explique qu’ils sont mauvais. Si tu les regardes de haut, tu leur donnes une raison de courir.
Sami rangea son téléphone.
— Là, papé, t’as parlé comme un coach.
— Non. Comme un homme qui a déjà perdu aux boules contre un aveugle.
— Il était vraiment aveugle ?
— Il avait oublié ses lunettes. Ne commence pas à esquicher mon histoire.
Lila, elle, regardait une image de Gouiri.
— Faudrait qu’il retrouve son aura.
Toine se tourna vers Honorine.
— Rajoute-lui de l’eau.
— Son aura, papé ! Ce qu’il dégage !
— Pour le moment, intervint Baptistin, c’est surtout les défenseurs d’en face qui dégagent.
— Vous êtes durs.
— On l’attend, ce garçon. Un avant-centre, c’est comme le boulanger : on peut comprendre qu’il ait des soucis, mais tout le village attend quand même le pain.
— Tant que sa femme revient pas avec un défenseur central, murmura Honorine.
Baptistin lui adressa un regard réprobateur.
— Tu mélanges les œuvres.
— Toi, tu mélanges les compositions depuis 1987. Chacun son métier.
Sami sourit.
— S’il met un triplé, vous allez tous dire que c’est le GOAT.
— Le quoi, encore ?
— En anglais. Le plus grand de tous les temps.
— Et ça se dit comment ?
— Comme « chèvre ».
Baptistin posa lentement son verre.
— Attends. Chez vous, quand un joueur est exceptionnel, vous l’appelez une chèvre ?
— Voilà.
— Et quand il est mauvais ?
— Une chèvre aussi, parfois.
Le vieux contempla longuement le plafond.
— Honorine, ferme. On n’a plus les moyens intellectuels de suivre la clientèle.
Lila riait.
— C’est le contexte qui change !
— Avec vos histoires, même Manon ne saurait plus quel troupeau garder.
Toine revint au journal.
— Les Havrais, leurs cinq buts, ils les ont tous mis après l’heure de jeu.
— Donc faudra pas AFK à la soixantième, commenta Sami.
Cette fois, Baptistin ne demanda rien. Il regarda Honorine avec la lassitude d’un homme dont la radio ne capte plus que l’étranger.
— Ça veut dire ne pas disparaître du match, expliqua Lila.
— Ah ! Ne pas faire Marius.
— Comment ça ?
— Ne pas regarder les bateaux pendant que les autres t’attendent.
— Voilà. Exactement.
— Eh ben tu vois ! On avait déjà le mot. Il avait même une casquette.
Honorine ramassa trois noyaux.
— Et qu’ils ne nous laissent pas Fanny non plus. À la pétanque, ça suffit bien.
Sami consulta les statistiques.
— Faudrait surtout un clean sheet.
— Un drap propre ? s’étonna Toine. Après le pressing, vous ouvrez une pension ?
— Ne pas prendre de but !
— Alors dis-le ! Dans ce bar, on aura fait la blanchisserie, l’école et l’élevage avant même le coup d’envoi !
Lila montra une vidéo sur son téléphone.
— Regardez Weah contre Angers. Deux passes décisives. Lui, il peut mettre le feu.
— Qu’il mette déjà le ballon où il faut, répondit Honorine. Pour le feu, j’ai pas renouvelé l’assurance.
Baptistin rapprocha sa chaise.
— Vé. Ça, c’est bien joué. Il lève la tête. Il donne. Il continue sa course. C’est pas compliqué, le ballon, quand on le regarde avant de le recevoir.
— Tu devrais faire des vidéos tactiques, papé.
— Pour quoi faire ?
— Tu percerais.
— Je suis retraité de la plomberie. J’ai assez percé.
— Tu deviendrais connu !
— Dans tout le quartier, on me doit de l’argent. Je suis suffisamment connu.
Toine replia enfin son journal.
— Génésio dit qu’on a les points qu’on mérite.
— Pour une fois, approuva Honorine, quelqu’un ne cherche pas la source derrière la colline.
— À force de la chercher, cette source, grogna Baptistin, on va finir comme Jean de Florette. Beaucoup de travail, plus d’eau dans la citerne et le voisin qui compte les points.
Il regarda son verre.
— Enfin, ici, pour l’eau, on s’organise.
La télévision annonça l’approche du match. Dans le bar, les discussions baissèrent d’un ton. Même les olives semblaient attendre la composition.
— Bon, dit Sami, aujourd’hui on veut des guerriers.
— Des joueurs d’abord, répondit Toine. Les guerriers qui ne savent pas faire une passe, ça encombre les batailles.
— De l’envie, alors.
— Oui.
— Du mouvement.
— Aussi.
— Qu’ils arrêtent de nous ghoster au Vélodrome.
Baptistin se pencha vers Lila.
— Celui-là, je l’ai compris. Ça veut dire qu’ils nous laissent seuls.
Elle acquiesça.
Le vieux regarda un instant l’écharpe au-dessus du comptoir.
— Eh ben voilà. C’est ça qu’on leur demande. Qu’ils soient avec nous pendant tout le match.
Honorine remit du son.
— Vous entendez ? Depuis une heure, vous vous disputez pour savoir comment dire la même chose.
— Pas tout à fait, protesta Toine. Eux, ils veulent une masterclass. Moi, trois points, ça me suffit. Je suis moins diplômé.
Baptistin se leva pour rapprocher sa chaise de l’écran.
— Allez. Et pas de ballon quillé dans les nuages au premier corner !
Sami éclata de rire.
— Papé, chez nous, « quillé », ça veut aussi dire que t’as trop bu.
Le vieux considéra son pastis, puis la carafe, puis son petit-fils.
— Et après, vous vous étonnez qu’on ait du mal à transmettre le patrimoine.
Lila lui posa une main sur l’épaule.
— T’inquiète, gâté. On reprend le flambeau.
— Doucement avec le flambeau ! cria Honorine. Je viens de vous parler de l’assurance !
Le bar partit d’un seul rire.
Il y avait là des anciens qui avaient connu la gloire de leur père et des jeunes qui aimeraient bien pouvoir raconter la leur. Des gens qui disaient « escagassé », d’autres « au bout de ma vie ». Certains avaient le seum, les autres marronnaient. Aucun n’avait trouvé comment aimer l’OM à moitié.
À 17 h 15, ils se tourneraient tous vers le même écran.
— Alors, ton prono ? demanda Sami.
Baptistin prit son temps.
— Deux à zéro.
— T’es confiant ?
— Non. Je suis marseillais. La différence, c’est que je donne le score avant d’avoir les garanties.
Honorine leva son verre.
— Allez, les petits. Faites-nous plaisir. Pour les commentaires, on a ce qu’il faut.
Allez l’OM. Et aujourd’hui, que les trois points restent à la maison : les dictionnaires, on les ouvrira après.
Les équipes probables :
OM : de Lange - Weah (cap.), Egan-Riley, Aguerd, Emerson - Højbjerg, Nnadi - Harit, Abdelli, Paixão - Gouiri
HAC : Gallon - Ouziad, Seko, Touba, E. Koffi - Mizuta, R. Ndiaye (cap.), Ebonog, Richardson - S. Nakamura, Samatta.