Le jour où l'OM rencontra le diable 20/10/1971

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Écrit par Deepbluebdr   
15-10-2006
Le mercredi 20 octobre 1971 20 heures 30 minutes l’OM s’apprête à défier le grand Ajax d’Amsterdam qui est en route pour sa première victoire en C1 et qui remportera par la suite encore deux C1. Ce qui lui en fera 3 consécutives.

Cet Ajax lavait blanc très blanc c’est l’équipe qui m’ai été donné de voir la plus complète la plus parfaite dans ses lignes, aucun trou, tous les joueurs accomplissaient leur partition à la perfection, c’était un ensemble musical ou chaque note était joué de façon sublime par chaque musicien.

Onze solistes au service d’un orchestre de classe mondiale, Dirigé par un grand chef. Cette musique enivrante montait d’un ton chaque fois que le diable en personne y allait de son solo. Ce diable de soliste, chef d’orchestre n’était autre que le grand, l’immense Johan Cruyff.

L’OM venait de passer de fort belle manière le tour précédent en dominant les polonais de Gornik Zabrze, après une victoire difficile au match allé 2-1, alors que les Polonais avait été étouffé par un onze olympien déchaîné, un peu comme l’avait été il y a moins longtemps le Benfica Lisbonne ici à Marseille, mais le match retour avait eu une fin plus agréable a celle de Lisbonne, dont chacun se souvient de la main de Vata. Alors qu’a Katowice dans l’enceinte du Rush Chorzow, dans l’enfer et la grisaille de cette ville minière et de ce stade froid et humide qui aurait refroidi un bloc de glace, 70 000 spectateurs et onze polonais survoltés envisageaient une « facile revanche au retour ».

Josip Skoblar calmera tout ce beau monde et nous réchauffera le cœur, en égalisant juste après la reprise, ce qui nous donnait le droit d’affronter l’Ajax d’Amsterdam en 1/8 éme de finale.

Ce mercredi 20 octobre je ne suis pas allé bosser, de peur de rater ce match.

Travaillant en Arles, je ne me sentais pas de partir le matin faire 90 bornes, pour repartir deux ou trois heures après avoir commencé à bosser et me retaper 90 bornes de retour.

Donc la veille, ayant averti mon chef… de bon matin je m’échauffe la voix en chantant la gloire de l’OM.

A la maison ma mère me dit «Ah oui, pour un match de foot tu manques le travail ? Ah c’est du joli » je lui réponds « Oh man, tu peux pas comprendre ».

Midi, me voilà parti enfourchant ma vespa, ou sur laquelle est inscrit sur le tablier « LA BITE DE L’OM QUE L’ON CROYAIT PERDUE , C’EST AJAX QUI L’AVAIT DANS LE CUL » pardon pour ceux que cela choque.

Je prend un pote au passage et nous voilà devant les grilles du stade à 13 heures alors que le match débute a 20 heures 30. Et les portes du stade s’ouvrant pour l’occasion à 17 heures ; cela nous fait 4 heures a attendre devant des grilles fermées. Bien évidemment nous n’avions pas acheté de billet car nous n’avions pas les moyens de nous payer une place à un prix pour l’époque, prohibitif.

Qu’a cela ne tienne, comme nous avions l’habitude de le faire, mon pote et moi profitons d’une virée du stadier de l’époque pour grimper et enjamber ces grilles, a une vitesse que même le plus perfectionné des radars ne serait pas arrivé a détecter ces grilles qui sont donc, pour des jeunes de notre age, qu’une simple formalité a franchir. Nous courrons comme des dératés pour aller nous camoufler dans les escaliers du virage sud. Nous voilà dans ces escaliers, nous les montons 4 à 4 pour arriver devant les gradins, nous nous plaquons car du monde est sur la pelouse en train de la préparer et des flics sont partout et notamment devant les virages nord ou déjà des spectateurs, (un millier) ont pris position dans les gradins virage nord.

Des appels micro fusent à l’attention du virage nord « vous êtes priés de quitter les gradins sinon nous serons obligé de faire intervenir la police » Ces gens quitteront bien plus tard les gradins tranquillement accompagnés par la police.

En tous les cas nous en face, nous sommes restés et une 3eme personne nous a rejoint nous voilà 3 maintenant, toujours à la frontière des escaliers et des gradins du virage sud.

Tout a coup nous entendons des voix derrière nous, nous sommes un peu affolés et dans ces voix que nous entendons a un moment donné, un « chuuuuut »… Putain ça c’est pas des officiels, nous nous rapprochons de ses voix et elle semble venir de derrière le mur.

Je grimpe sur la rampe, enfin la main courante, penche ma tête par-dessus le mur d’agglo et que vois-je ? une trentaine de personne dans les toilettes qui ont fait comme nous « rentrer a ouf » Mort de rire on aurait dit des clandos entassés les un contre les autres. « Oh déconnez pas hein les gars vous nous avez pas vu » nous dit l’un d’eux, tu parles t’avais pas besoin de nous le préciser collègue.

Nous voilà de nouveau devant ces gradins sur lesquels nous aimerions bien enfin nous asseoir, mais cela est impossible car de gens sont en train de tracer les lignes.

Fatigué que nous sommes tous les 3, nous décidons de profiter d’un moment d’inattention de toutes ces personnes pour vite sauter sur les gradins et se coucher à plat ventre derrière le muret de la rambardes (balcon) au dessus des escaliers.

On est allongé par terre maintenant…et il est 14 heures, Putain on va rester couché pendant encore 3 heures et pourtant on est bien obligé.

N’en pouvant plus une bonne heure plus tard…je lève la tête pour regarder ce qui se passe sur la pelouse, et dans les virages nord, c’est a ce moment là que Mr Neumann, (le Bernes de l’époque) le bras droit du président Marcel Leclerc, m’aperçois, (nous aperçois), car mon pote c’était également levé pour me conseiller de rester allongé, je n’en pouvais plus de rester allongé.

« Hep là haut, dégagez sinon je vous envoie les flics » un ton autoritaire qui n’aura aucun effet puisque voyant qu’au bout d’une dizaine de relance nous ne bronchions plus, fort que nous étions des flics qui étaient partis en même temps que les squatters du virages nord.

Mr Neumann, croira que nous avons écouté ses conseils zobi.

17 heures, les portes s’ouvrent enfin, les premières personnes prenant possession de leurs places, nous nous levons et respirons un bon coup tout sourire, « Ho Putain les minots qu’est ce que vous foutiez là couchés » nous demandera un spectateur « ha si vous saviez m’sieur »

enfin, bon voilà il nous reste 3 heures et ½ a attendre tout de même.

20 heures 25 les joueurs pénètrent sur la pelouse, une ovation énorme descend des gradins, les banderoles sont déployés on peut lire par-ci par là quelques slogans croustillant « Ajax va être lessivé », « Ajax ! l’OM lave plus blanc », « On va vous nettoyer, etc, etc…»

A l’époque les échauffements sur la pelouse ne se faisaient pas, il n’y avait pas de chants organisé à l’aide de mégaphone ou de sonos, comme c’est le cas maintenant, ni de tifos ni de pogos.

Donc les 50 et quelques milles spectateurs se lâchent et laissent éclater leurs encouragements.

Mon pote et moi sommes comme à chaque fois émerveillés de voir nos joueurs préférés, et ce stade magnifique, en plus ce soir nous avons le privilège de voir Mister Cruyff et sa bande.

Plus de 50 000 personnes sont là, dans les gradins ont est comme des sardines, sur la piste vélodrome pas un espace de libre, il y a même des gens qui ont grimpé et sont perchés sur les pylônes l’éclairage, du délire mes amis pour un spectacle de toute beauté.

Gilbert Gress ouvrant la marque dés la 9eme minute, la folie dans ce stade dont les gradins vibrent de toutes leurs particules de ciment. Coup franc mal placé pour l’OM et Carnus est battu par Keizer l’ailier gauche de l’Ajax. Une première période géante de l’OM, qui est tout de même tombé sur une équipe hors du commun.

A la reprise les joueurs de l’OM essaient en vain de faire trébucher les hollandais, mais Johan premier, nous rappellera a nos chères études en faisant un démarrage dont il avait le secret, laissant sur place Jules Zwunka et s’en ira tromper Georges Carnus pour la deuxième fois, la messe était dite, l’OM n’avait absolument pas démérité, mais, était tombé sur la meilleure équipe au Monde du moment…tout simplement.

Le match terminé, les spectateurs quittent le stade en discutant de la belle partie de l’OM, et sont unanimes pour convenir que cet Ajax là nous avait en fait finalement lessivé à nous.

Certains en voyant mon slogan sur ma vespa, m’ont dit « Ouais bon, c’est plutôt nous qui l’avons dans le cul »

Pour l’anecdote le match retour confirmera le résultat du match aller. Dans un stade olympique Armsterdamois bondé, l’OM fera illusion ¼ d’heure en marquant par Couécou, mais ce dernier « égalisera » pour Ajax avec un autogoal à la 37 eme, il n’en faudra pas plus pour faire perdre des pédales à nos olympiens et permettre au diable Cruyff et sa horde d’inscrire trois nouveau but.

Nos olympiens auxquels nous ne pourrons rien reprocher tant il vari que lutter contre le diable est impossible et qui auront eu le mérite d’inscrire deux buts contre le grand Ajax d’Amsterdam, chose que nous serons les seuls a réaliser cette année là. On se console comme on peut.

Même pas Jules Zwunka, ne peut arrêter le diable en personne.

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