TGI de Marseille, 6ème Chambre Correctionnelle Mercredi 22 mars 2006 Petit résumé rapide pour les feignants La journée de mercredi a été riche en événements. D’abord le témoignage avorté de Christophe Dugarry. Aperçu dans la salle des pas perdus par le président Turbeaux en pleine discussion avec Me Pinatel, avocat de l’agent Licio d’Onofrio, son témoignage sera refusé par le président.
La subordination présumée de témoin est grave. On n’en saura donc pas plus sur la prime supposée avoir été accordée au joueur. Rolland Courbis peut dormir tranquille cette nuit. Le président de la DNCG et le commissaire aux comptes de l’OM sont intervenus pour brasser de l’air. En gros, aujourd’hui ça va mieux. Et concernant les moyens de contrôles… il n’en ont pas. Bref, circulez y a rien à voir. Le transfert de Pablo Calandria, joueur agentin du Club Athletico Huracán, recruté sur cassettes vidéo par Rolland Courbis et présenté comme le nouveau Trézéguet, reste un mystère. L’OM achète ce joueur pour un montant 6 fois supérieur à sa valeur vénale à Huracàn, club en redressement judiciaire. Une société de droit anglais basée à Lugano qui se prétend propriétaire des droits du joueur encaisse l’argent que l’OM ne donne donc pas au club. Comble d’un délire ardent, l’OM règle 3M$ à cette société avant même que celle-ci ne devienne propriétaire de ces droits et avant que le contrat soit envoyé à la Ligue… Une montagne d’irrégularités et de désinvolture de la part de dirigeants dont le rôle est mis à jour par le président Turbeaux et le procureur Cimamonti. Robert-Louis Dreyfus peut difficilement maintenir sa ligne de défense. Celle qui consiste à se dire absent et distant. Preuve est faite que non. Denys Angeloglou est un avocat expert en droit des sociétés. Pourtant, il ne fera pas preuve d’une grande rigueur juridique dans ce dossier. L’accusation, irritée par la langue de bois entretenue par Yves Marchand, RLD et Denys Angeloglou, redouble d’agressivité et semble vouloir en finir. Ca commence à vraiment chauffer pour ceux qui dirigent le club d’en haut…
Rolland Courbis n’avait jamais vu Pablo Calandria jouer avant de visionner des cassettes-vidéos du jeune joueur argentin, annoncé très prometteur. C’est RLD qui se voit recommader le joueur par ses relations d’affaires en Argentine. « Un joueur qui à 17 ans joue attaquant en D1 argentine, ça me paraît intéressant » se justifie Courbis, qui voyait alors en lui « un futur Trézéguet ».
Le transfert de Pablo Ignacio Calandria est rendu officiel le 2 septembre 1999, après son homologation par la LNF. Le montant du transfert est de 3M$. Son ancien club, l’Athletico Huracàn est mis en redressement judiciaire. Le club ne peut ainsi plus encaisser de fonds que pour justement, se redresser auprès des autorités argentines. Un juge doit l’autoriser à réaliser des transferts. Sa valeur vénale est estimée à 500 000€...
Le 22 mai 1999, la société fiduciaire anglaise Quadris Sports Management (QSM), administrée par deux rédidents Suisses, rachète alors les droits fédératifs du joueur au club argentin, pour un montant de 1,574M$.
Ces droits seront facturés à 3M$ à l’OM…
Ces 1,574M$ sont versés en 2 fois : un chèque de 1,2M$, puis une somme de 531 500$…en espèces. Le même jour, l’OM signe un contrat de rachat pour ces mêmes droits à QSM… pour un montant de 3M$ !
Le problème principal vient du fait de la date de la signature du contrat de travail liant Calandria à l’OM. le club règle la somme de 3M$ à QSM le 14/05… alors qu’à cette date, QSM n’est pas encore propriétaire du joueur !
De plus, le club marseillais accorde une rémunération de 240 000$ à Back Sports qui se dit agir pour le compte du joueur… et qui n’apparaît même pas sur le contrat rédigé par Denys Angeloglou ! L’OM n’a jamais pris de contact direct avec le club d’Huracàn. Une prime illicite aurait été accordée au joueur, comme cela se fait pour les joueurs sud-américains. L’agent payé n’est pas l’agent du joueur qui est repésenté par ses parents car mineur. Un agent non déclaré, un agent argentin payé alors qu’il ne négocie pas, pas d’intermédiaire français, une société commerciale propriétaire d’un joueur mineur… tout y est.
Ce manque de précaution manifeste avait du mal à passer pour de la candeur. Sans mauvais jeu de mots, l’avocat Denys Angeloglou semble mal barré. Lui qui est à la fois homme de loi spécialiste en droit des sociétés, administrateur d’Eric Soccer et rapporteur du conseil de surveillance ne peut pas se prévaloir de méconnaissance… C’est pourtant son axe de défense : la stratégie semble vouée à l’échec face à l’incrédulité du président Turbeaux. Quand un magistrat se retrouve face à un avocat qui ignore la loi, il le lui pardonne rien. Les scènes sont sur-réalistes. Angeloglou qui est le seul à parler l’espagnol a participé aux négociation et signé des documents sans se poser de questions.
« Vous signez un contrat pour acheter un joueur argentin mineur à une société commerciale anglaise et vous ne vous posez pas plus de questions ? Une personne normale cherche à en savoir plus, non ? Ca devait être des Malouines… » lâche le président qui assome Denys Angeloglou de questions sans le laisser répondre, « car de toute façon il ne répond pas ».
RLD, qui n’a pas demandé de vérifications sur le club argentin, n’a pas cherché non plus à discuter la somme. « Le juge m’a dit 3M$, je n’ai pas discuté ».
Pour Denys Angeloglou, QSM était titulaire des droits du joueur au 14 mai… Mais il ne l’a pas vérifié. Cela passe plutôt mal aux yeux du président au vu du bagage de l’avocat, propriétaire à 75% de Fidufrance…
« Un agent argentin qui se porte-fort de la convention et dont on sait que l’adresse est fictive ça ne vous choque pas ? »
« Où sont les engagements internationaux sur la loi de 1992 alors que le contrat est français et signé en France ? Vous devriez prendre un avocat monsieur Angeloglou. »
Il n’y eut aucune démarche pour collecter des informations de vérification concernant QSM. Denys Angeloglou prétend avoir appris le 4 juin seulement qu’Huracan était en redressement judiciaire…
Le Ministère Public campé par Marc Cimamonti n’est pas plus crédule envers l’avocat. Il lui semble « abérrant que Denys Angeloglou ne se soit jamais posé de questions quant à ces anomalies »
Pour les 3M$ payés avant même la réception de la facture, l’OM n’a donc aucune obligation contractuelle.
L’avocat avait aussi rédigé un document en espagnol, concernant le rachat des droits d’image. Ni Rolland Courbis, ni Yves Marchand ni RLD ne parlent l’espagnol. Seul Denys Angeloglou en a la capacité. Et l’agent argentin ne parle pas français. « Mais quelle langue parlent les prévenus ? » se demande caustiquement le président sur cette affaire.
Yves Marchand, continue sa politique de l’amnésie. « Je venais d’arriver » s’excuse-t-il depuis plusieurs jours. « On vous engage juste pour signer, quoi… » lui rétorque le président. Il dit que D. Angeloglou a donné les ordres pour signer le protocole de 14 mai.
Le président Turbeaux saisit alors l’occasion d’acculer RLD : « Toute décision doit passer par Yves Marchand et RLD. Si Marchand ne sait rien, alors vous savez tout ! »
Pour l’accusation, RLD et Denys Angeloglou sont de mèche avec QSM pour faire monter le prix et aisi dégager 1,4M$, sans doute partageables…
Rolland Courbis, qui a participé aux négociations, pense qu’une prime à été accordée au joueur à hauteur de 15% du montant du transfert par QSM.
Ou se trouve le pouvoir à l’OM ? La question s’est posée plus que jamais aujourd’hui et pour trouver des réponses, il faut creuser. C’est ce que font le président et le procureur avec un talent certain. L’accusation a fait monter la pression, isolant Denys Angeloglou, mais aussi RLD en transparence. Car un actionnaire majoritaire à 90% est forcément informé, s’il ne décide pas lui-même ou avec les frères Angeloglou. Les dirigeants, commerciaux ou administratifs ressemblent de plus en plus à des porteurs d’eau, appliqués à la tâche. Il y a une ambiance particulière au sortir de ces 10 premiers jours d’audience. Tellement d’argent, de chiffres, souvent les mêmes noms, le même discours sur lequels les prévenus s’empalent. Trop de délits tuent le délit. On en viendrait presque à banaliser ce qu’il s’est apparemment passé tellement les prévenus semblent trouver cela normal. Comme si un sentiment d’impunité régnait à cette époque à l’OM. Personne ne parle. Comme les réponses ne sont pas significatives, les questions de l’accusation dominent les débats. Une dernière chose et non la moindre. C’est quand même une enquête des commissaires aux comptes de l’OM qui est à l’origine des poursuites. Ce qui tend à monter que personne ne maîtrise vraiment les événements au club, réduisant le staff administratif à sa plus simple vocation : signer des contrats. Le constat se vérifie tous les jours : ce n’est pas une logique sportive qui guide l’OM !
Précisions sur Denys Angeloglou. Aujourd’hui avocat en droit de société, il fait connaissance avec RLD entre 1975 et 1980 aux USA, où RLD est le patron de la Société IMS. Il s’occupe de sa filiale française. C’est lui qui formalisera l’accord menant au projet de rachat de l’OM par RLD. Il est aussi le signataire des accords commeciaux. Sa mission à l’OM est de « suivre spontanément les aspects du droit des sociétés, convoquer le Conseil de surveillance, transmission des contrats à la DNCG… » Il s’occupe uniquement des contrats de la SAOS OM ou d’OM Exploitation. Dans une note rédigée en 1997 RLD, il y a une ambigüité qui laisse penser que son action intervient à priori, alors qu’il dit s’occuper à postériori des dossiers. Il dit aussi avoir « une activité sporadique » à l’OM. Or le président Turbeaux affirme que son action « n’est pas sporadique, mais permanente. Ca tombe bien, votre père est grec. La note de RLD fait de vous un organe permanent ». Guy d’Arbonneau, ancien directeur administratif à l’OM affirme que le secrétariat administratif du club passe par lui. C’est Denys Angeloglou qui remplit les minutes du Conseil de Surveillance qui se tient à Paris, soit disant pour des raisons de confidentialité alors les faits démontrent une porosité. Son frère Jean René, expert-comptable à l’OM, travaille avec lui à Paris, rue de téhéran. (mais ne se voient pas tous les jours selon Denys) Il a mis en forme le contrat de travail de Rolland Courbis et a participé à la formalisation de son départ. Il détient 75% de Fidufrance. En 2000, il devient administrateur de la holding Ericsoccer qui détient 90% des parts de la SAOS OM. Il est aussi rapporteur au Conseil de Surveillance. Un mélange des genres qui pose la question du devoir d’indépendance.
La chanson de Rolland à propos de ses motivations pour recruter Pablo Calandria : « A l’intersaison où je suis fatigué, Roque Santa Cruz arrive pour 50MF au Bayern où RLD a des intérêts. Moi j’ai la possibilité de fair venir un futur Trézéguet pour 3M$ »
« Bon, sur cassettes on voit mal le niveau de l’adversaire, alors moi j’ai des trucs d’entraîneur, je regarde les sponsors, la taille du stade… »
« Le gars a 17 ans, mais 17 ans en argentin, pas 17 ans en africain, le gars a vraiment 17 ans. »
Le président Turbeaux à Rolland Courbis : « On ne juge pas les mauvaises affaires de l’OM, parce que là sinon… »
A Denys Angeloglou : « Ici à la 6ème chambre, on a pas tous les ABS, ni tous les contrebandiers de cigarettes »
A RLD : "Toutes les décisions passent par Yves Marchand et RLD. Si Marchand ne sait rien, alors vous savez tout ! " |