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Le yin et le yang, originellement versant ombreux et versant ensoleillé d’une vallée désigne par extension l’aspect obscur et l’aspect lumineux de toutes choses, l’aspect terrestre et l’aspect céleste, l’aspect négatif et l’aspect positif, c’est en somme l’expression du dualisme et du complémentarisme universel.
Ils sont inséparables et n’existent que l’un par rapport à l’autre et bien qu’ils représentent deux contraires, le yin et le yang ne s’opposent jamais parce qu’entre eux il y a toujours une période de mutation qui permet une continuité, tout, homme, temps, espace est tantôt l’un, tantôt l’autre.
« L’échec est souvent accoucheur du succès. » ainsi parlait Mao tsé toung aussitôt traduit par un «Mahousses ces tongs » un soir de sarabande Dreyfusienne pour un trophée d’Intertoto fêté en grandes pompes par un quidam qui avait le cigare.
Winston Churchill, un autre amateur de havane prétendait que « Le succès c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme. » mais le supporter s’insupporte, le fan se fane, l’amoureux est en désamour.
Un échec est un succès si on en retient quelque chose, hélas, au fil des saisons, la répétition des mêmes errements produit les mêmes effets.
Une bouteille à moitié vide est invariablement à moitié pleine
Il est enrichissant d’étudier le dualisme anthropologique de l’opiomane dans son opposition de deux éléments irréductibles, la raison et la passion.
Le dualisme fait de toute dualité un antagonisme, un conflit envisagé comme une fatalité; mais dans la Fumerie pas question de lutte des classes ou de guerre des sexes mais plutôt d’opposition entre idoles absolus et tanches invétérées. Chez certains spécimens de forumistes la seule présence dans le club d’un joueur le rattache au courant des incapables, son départ le valorisant soudainement exaspérant son statut de joueur ordinaire à celui de demi-dieu.
Pour certains supporters, il leur faut haïr comme il leur faut aimer, de manière irrésolue, pour d’autres, résolument zen et portés par un influx positif, apparaissent des solutions. Ils voient le nouveau dans l’ordinaire en s’accommodant du monde tel qu’il est.
Quel que soit l’amoncellement des nuages pour eux le ciel au-delà est toujours bleu.
Le supporter marseillais est tantôt jusqu’au-boutiste, tantôt jusqu’au bouddhiste.
Feu qui vivifie ou flamme qui dévore, entre ceux qui sont après quinze ans de Fanny, ardents et d’autres désireux en vain de quitter le foyer, les échanges font des étincelles, on s’allume, on s’incendie, les plus drôles en profitent pour flamber, mais nous sommes tous unanimes pour constater que le flambeau de 98 n’est plus qu’une flammèche vacillante.
Nos futurs adversaires évoquent à ce propos le terme de burn out, qualifiant l'état d'une bougie qui, après avoir éclairé de longues heures n'offre plus qu'une flamme blafarde.
Syndrome d’épuisement professionnel ou quinze ans de stress chronique
Les anglophones appellent cela le Burn-Out Syndrome, un mal qui vous consume de l’intérieur, un état d’épuisement dans lequel se trouve le travailleur obsédé par son labeur et qu’on pourrait transposer sans peine au supporter très investi physiquement et émotionnellement avec les joueurs olympiens. Cela se définit comme la perte de motivation d'une personne pour son sacerdoce, surtout quand la forte implication de cette personne n'a pas produit les résultats désirés. Les encouragements perdent de leur intensité, l’investissement se racornit, la motivation s’amenuise.
C’est ainsi qu’apparaissent les premiers symptômes comportementaux, le supporter est submergé par ses émotions. Courroux, exaspération, faiblesse face aux tensions, aux nouvelles conditions, mais aussi perte d'énergie sont parmi les premiers signes de ce que le psychologue nomme « craquage » ou « épuisement émotionnel et mental ».
On voit aussi apparaître les attitudes négatives et le recours aux éléments prépondérants du tableau clinique. D’aucuns adoptent des stratégies de surenchère, passant de plus en plus de temps sur le forum dans une hyperactivité inefficace, d’autres a contrario usent de stratégies d'évitement, comme la recherche de l'isolement avec une canne à pêche au fond d’une calanque refusant tout contact avec les collègues, histoire de conserver la gaule.
Alors on tombe dans un état de fatigue chronique, de dépression et de frustration apporté par la dévotion à une cause qui échoue à produire les récompenses attendues et conduit en fin de compte à diminuer l'implication et l'accomplissement de notre rôle de supporter.
Faut récoler, faut récoler avant que le ciel nous tombe sur la tête
Faut récoler, faut récoler pour empêcher le ciel de tomber
Au moment du partage des points entre les nordistes et les sudistes, en quelque sorte à l’heure du leurre, chacun fait entendre sa voix.
Le douanier recueille la bulle du Pape, celle qui fustige ceux qui la coincent de trop. Le supporter avide des périodes mercatales, complètement gogol de google traque le flux pour échafauder sa future équipe.
Les plus optimistes envisagent une série de victoires qui nous qualifierait pour le prochain tour, lointaine réminiscence d’une période où la croyance au Père Noël était établie.
De toutes les façons on évoque les points d’après match, du classement ou de suture.
Blancs noirs, supporters aigris
Malchance insigne ou maladresse coupable, la Champion’s league n’apporte pas de réconfort aux supporters lambdas, les privant de bonheur et parfois de liberté.
A l’heure d’affronter les rouges, presque aussi redoutables que le Beaujolais nouveau, il est raisonnable d’avoir les foies plus que la foi, malgré une invincibilité à Anfield Road qui relève du miracle ou d’un cierge miraculeusement déposé à la Bonne Mère.
Hormis antecris, tous les opiomanes évoqueront le manque de constance.
Après un début de saison tonitruant, nos dernières prestations sont plutôt semblables aux derniers cours de bourse, en dents de scie, par la faute de contingences dorénavant bien cernées, un effectif fragile, physiquement et moralement, un manque de maturité rédhibitoire, un groupe guère verni qui l’empêche d’être brillant.
Intermittents du spectacle
Faut-il pour autant abdiquer tout espoir ?
Notre dernière visite chez nos cousins anglais ayant permis de nourrir la légende, on peut espérer que nos olympiens désireront à nouveau goûter au fruit défendu. Aux acteurs de remplir leur rôle défini par le coach metteur en scène, la troupe devra jouer serré, l’étoile tenir son rang, la doublure éviter les toiles, l’escamoteur rééditer son exploit de l’an dernier, le troubadour en post-formation préparer son futur transfert outre-manche et notre dernier rempart museler les attaquants adverses ainsi que ses détracteurs.
Alors, un yang nous permettant d’atteindre le versant ensoleillé nous continuerons d’espérer.
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