Quoi de plus folichon que ce « metch » entre un moribond quasi-relégué et un honnête pensionnaire du ventre mou supérieur de cette ligue gauloise… si frileuse et tellement morose. Si terne. Comme le camion éponyme. Comme un vol de coucous victimes de la grippe aviaire. Comme notre cher Olympe désormais normalisé à la baisse. Vrai ! Pas besoin d’avoir fait St Cyr ou Sciences-Po pour constater que l’esprit Banal+ souffle au dessus de nos calebasses résignées et qu’un vent d’aquabonisme a remplacé notre mistral gagnant. Mais grands dieux, saint Raymond, comment a-t-on pu en arriver, las ?
Point de méprise, le hasard, ce fils bâtard de dame coïncidence, n’a rien à voir avec la choucroute ni même avec les figatelli de circonstance. Tout cela résulte bel et bien d’un processus initié en haut lieu. Dreyfus l’a voulu, Acariès l’a goulu, Diouf l’a moulu, Anigo l’a coulu… Dans le bronze de nos illusions perdue ! Et pis après, l’éternel petit soldat, l’amoureux transi, le pompier de ses vices, Jean de Mostaganem l’a entérinu (et tout ça, en corse dans le texte Argent trop cher, la vie n’a pas de prix, s’égosillait Aubert au téléphone. Ça avait fait phosphorer le nabab, ce gimmick plein d’entrain. Il en avait plein les burnes de dilapider la cagnotte de la Louis-Dreyfus Company pour visualiser des gonzes en short courir après le ballon sans jamais le rattraper. Et ce, sous la pluie ou dans le grand froid en sus ! A Guingamp ou à Sochaux, c’est selon. Pourquoi pas à Bourbon l’Archambault ou à Vesoul, tant qu’on y était ! Arf, c’était pas là qu’il allait pouvoir étrenner ses tongs neuves. Les engelures, ça touchait aussi les grandes fortunes, qu’on se le dise... Ni une ni deux, il avait coupé les bourses. Exit les couillus ! Serrez les ceintures ! Dehors le gros Rolland ! Terminado, les Ziegfeld Folies et autre vie de patachon. On allait voir ce qu’on allait voir. Mais, fallait quand même trouver une soluce pour faire passer la pilule dans les gorges profondes des suppos nostalgiques. Alors, il avait bien essayé de faire revenir Nanard, le joueur de bonneteau mais celui-ci avait perdu la main dans les geôles humides du quartier VIP de la Santé. Puis y’avait eu l’intermède Nouvel-Obs. Trop parisien, trop troyen, trop loin du peuple... Et là, entre la poire et le fromage, ou plus volontiers, entre une langouste Thermidor et une gigue de chevreuil grand veneur, l’Idée avec un grand I avait germé dans son cerveau à la fois embué par les bulles d’un Veuve Clicquot millésimé et par les volutes de ses barreaux de chaise cubains. Confier le bébé à des gens du cru. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Quoi de plus légitime en somme pour calmer les ardeurs dépensières des suppos locaux que d’introniser un gang (j’ai pas dit un gag) de marseillais authentiques à la tête du club ? Alors avait eu lieu la grande distribution. Un comble pour nos techniciens de surface. P’tit Louis dans le rôle de la chape de plomb, Papa Diouf dans celui du soporifique et Josélito dans celui du naïf au grand cœur, afin que tout un chacun puisse s’identifier à sézigue. Le premier avait décrété la grande réconciliation et ne voulait plus voir qu’une seule tête. Le second, à longueur de périphrases lénifiantes et de discours alambiqués en langue de bois massif, tentait de nous faire prendre les messies pour des gens ternes. Adieu veau, vache, cochon, Cissé, Diego Tristan et autre Maxi Lopez. Bonjour Bonnissel, Maoulida, Pagis. Un remake de la nuit des seconds couteaux… Et pis y’avait le p’tit dernier, suisse qu’on gardait pour la bonne bouche. Suisse qui disait des gros mots. Suisse qui gouaillait plus fort qu’à la criée, suisse qui clamait à qui voulait bien l’entendre que le club phocéen était le martyr du corps arbitral. Lui c’était, la caution idéale tellement qu’il l’aimait, son team intime, tellement qu’il voulait justifier vaille que vaille son statut autoproclamé de meilleur ami de l’OM, de gardien du temple olympien, de chien des Cramponville ! Aussi scotché à la chose qu’un bernique à son rocher… Bon, c’est pas tout ça, mais fallait quand même affronter samedi en fin d’après-midi les descendants de Napoléon. Enfin ce qu’il en restait. L’attaque locale aurait fait rougir de honte le vainqueur d’Austerlitz. 10 buts en 22 matchs. Le bonnet d’âne de la Ligue. Signe des temps, leur stratège Rolland Courbis, une vieille connaissance, venait à nouveau d’être lourdé et remplacé par Pasqualetti, l’ultime sauveur de 98/99. L’équipe jouait haut mais les offensives restaient stériles. Avec sa forte colonie brazilou, elle prodiguait un jeu technique mais trop lisible. Elle portait désespérément à gauche sur Andre Luiz (avec un Z comme dans Zavatta), encore une vieille connaissance, tout comme les Porato, Trévisan et autre Laurenti…
Bref, on allait être un peu comme chez nous dans le vétuste stade François-Coty où seule une poignée d’irréductibles autochtones continuaient inlassablement à supporter ses ouailles. Trois points, c’était jouable pour les protégés de notre rougeaud mécano. Nul doute qu’après les récentes déconvenues, il avait encore serré les boulons, mon Jean. Tâté de la clé de douze. Paraît qu’en plus, Dantin avait mis de l’huile ! Résultat œuf course, on avait écrasé Rennes 1-0 (sic). Que demandait le populo ? Simplement le gain du match contre la lanterne rouge pour garder l’espoir de faire un petit tour dans la cour des grands. A condition d’en avoir envie. A condition de jouer deux mi-temps complètes. A condition de ne pas prendre de haut l’ultime sursaut des morts de faim… Réagir sur le forum |