Au pied du monument historique qu’est la Maison Blanche, on ne peut ressentir au plus profond de soi-même qu’un étrange sentiment d’humilité. Attention, les enfants, on ne chahute plus, on se recueille, le doigt sur la couture du survet. Là, on est devant un des joyaux de l’architecture footbalistique, un site classé au patrimoine de l’UEFA. Neuf distinctions au plus haut niveau européen, çà inspire le respect…
Visiter la salle des trophées du grand d’Espagne, çà prend déjà l’après-midi. Ce jour-là, faut pas avoir prévu après un rencart coquin avec sa petite amie. Bonjour la condition physique ! Vous sortez de l’endroit dans un état exsangue, dégoûté par la profusion de coupes en tout genre et autres médailles prestigieuses qui rutilent en silence depuis la nuit des temps.
Faut savoir, le préposé à l’astiquage de l’argenterie madrilène c’est pas des semaines de 35 heures qu’il fait, sézigue. Attend, à force de frotter la chose, son poignet droit est plus musclé que celui d’un pré-pubère onaniste (bonjour le pléonasme). Chaque semaine, un camion-citerne vient livrer au monsieur son lot de bicarbonate de soude…
Pas question de se la jouer pépère. Quand on quitte le musée des horreurs, on a pas fini le tour du proprio. On peut décemment pas faire l’impasse sur Santiago Bernabeu. Là, on évolue dans le mystique, le para-normal. Chaque homélie des Galacticos réunit 80 000 fidèles qui inlassablement entonnent un leitmotiv envoûtant à la gloire de leurs idoles.
Bien vite, on se rend compte qu’ici, on ne collectionne pas que les lauriers. On investit aussi dans la constellation d’étoiles. Dame, au niveau de la force de frappe, on fait pas dans la dentelle de Montmirail, on a concocté le gratin dauphinois, cinq cerises sur le gâteau merengue. Cinq perles qui illuminent l’immense gazon vert de la pelouse fétiche.
Sous l’égide de Perez, Florentino pour les intimes, on pratique allègrement la démesure. Outre Raul, le chouchou local de ses dames, on convoque ici-même chaque année le plus beau fleuron du football mondial. Successivement, Figo, Zidane, Ronaldo et Beckham ont atterri dans la capitale ibérique avec femme et enfants. Excusez du peu. Sans faire de l’emphase, on peut causer de quintet du siècle et voir se dessiner sous nos yeux ébahis un pentagone idéal.
Question marketing, çà usine aussi. Faut pas croire qu’on fait tout çà pour la beauté du geste. Le fric, c’est chic, ne l’oublions pas. On a parfois l’impression que le recrutement se fait plus en fonction de la potentialité commerciale d’un joueur que sur des choix réellement tactiques. Ainsi la propension du mari de Victoria à faire mouiller les petites culottes orientales a autant joué dans son transfert que la qualité de ses centres. On sacrifie tout sur l’autel du brouzouf. Au point même de déséquilibrer l’édifice. Malgré le départ de Hierro, force est de constater que l’arrière-garde du Real n’est pas son point fort et c’est peut-être là qu’il faut en profiter pour casser la baraque…
A la Commanderie, c’est sur ce dossier épineux que planche actuellement notre maître d’œuvre Perrin. Après avoir refait les fondations l’année dernière avec l’ami Bouchet, il a investi cette année dans la déco. Et çà a de la gueule. Un pharaon même un tantinet fêtard, vaut mieux l’avoir en photo que dans sa surface de réparation. Les amateurs de rillettes peuvent en témoigner. Ce gars-là, c’est de la bombe, bébé.
Avec Drogba et Marlet, il forme vraiment un trio explosif capable de mettre à mal n’importe quelle défense, béton ou pas béton. Malheureusement l’ivoirien est incertain pour cause d’entorse à la cheville. A gauche, Vachousek devra élever son niveau de prestation. Contre les sarthois, le tchèque était manifestement sans provision.
M’enfin, avec le retour du colosse de Chimay, avec un Meïté plus concentré sur son sujet, avec un Hemdani au four et au moulin, avec des si et un peu d’imagination, on peut toujours se prendre à rêver. Mardi, dans l’arène prestigieuse du " plus grand club du monde ", il faudra onze maçons sans état d'âme. Onze démolisseurs capable de détruire le palais royal. Attention à ne pas regarder jouer les artistes associés. Valladolid l’a fait et s’en est pris sept…